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Jour J

Jour J – 1

Il faut se lever, se laver, se vêtir. Et ne plus chanter si l’on n’a plus rien à dire.

Charles Trenet
Y’a d’la joie

Jour J – 2

En entrant dans l’atelier du peintre à Balbec, Marcel éprouve un plaisir qui est, avant tout, intellectuel : « Je me sentis parfaitement heureux, car par toutes les études qui étaient autour de moi, je sentais la possibilité de m’élever à une connaissance poétique, féconde en joies, de maintes formes que je n’avais pas isolées, jusque là du spectacle total de la réalité. »

Marcel Proust
A L’ombre des jeunes filles en fleurs

Jour J – 3

Du latin Hedera, ae f. : « lierre ».
hedera
ou edera (du mot grec aïreô qui signifie : je me cramponne), tiré du verbe haerere : être attaché, saisir, d’où adhérer, adhésion, cohérence, incohérence, etc. et de sa variante hendere : prendre, saisir, que l’on ne rencontre plus en français que dans le verbe appréhender et le substantif appréhension.
Au XIVe siècle, lierre s’écrivait lyere, terme qui provenait de l’ancien français : « ierre » (XIIe) qui était une forme évoluée de « iedre », précédée avant l’an 950 de « edre » issu du latin hedera.

Fiche pédagogique Inra

Du latin Hedera, ae f. : « lierre ».hedera ou edera (du mot grec aïreô qui signifie : je me cramponne), tiré du verbe haerere : être attaché, saisir, d’où adhérer, adhésion, cohérence, incohérence, etc. et de sa variante hendere : prendre, saisir, que l’on ne rencontre plus en français que dans le verbe appréhender et le substantif appréhension.

helix : spirale.

Étymologie françaiseÉtymologie française
Au XIVe siècle, lierre s’écrivait lyere, terme qui provenait de l’ancien français : « ierre » (XIIe) qui était une forme évoluée de « iedre », précédée avant l’an 950 de « edre ». Ce mot était issu du latin hedera.

Jour J – 4

L’hagiographie (du grec ancien ἅγιος hagios, « saint », et γράφω graphô, « écrire ») est l’écriture de la vie et/ou de l’œuvre des saints. Pour un texte particulier, on ne parle que rarement d’« une hagiographie » (sauf dans le sens figuré), mais plutôt d’un texte hagiographique ou tout simplement d’une vie de saint.

wikipedia

Jour J – 5

Ce qui est pesant, c’est la voûte elle-même, qui est en pierre, et le problème est surtout la poussée latérale qu’elle impose aux murs, et qui tend à les écarter. La poussée est d’autant plus forte que la portée (la largeur de la nef) est plus grande, et d’autant plus difficile à compenser que les murs sont hauts (le bras de levier est plus important).
L’art roman a donc créé des nefs étroites, plutôt basses, et des murs latéraux épais pour tenir la poussée.

Voûte – Wikipédia

Jour J – 6

Pour trouver le joyau, il faut apaiser les ondes car il est difficile de le trouver en agitant l’eau. Quand les eaux de la méditation sont calmes et limpides, le joyau de l’esprit est visible naturellement.
Si un joyau tombait dans une fontaine, la plupart des gens se jetteraient à l’eau et la tourmenteraient jusqu’à ce qu’elle devienne trop trouble pour y trouver autre chose que des cailloux.
Mais le sage, lui, attendrait que l’eau se calme pour permettre au joyau de briller par lui-même.

Roshi Yamada

Jour J – 7

Lorsque j’ai commencé à passer mes après-midi dans la salle de bain, je ne comptais pas m’y installer ; non, je coulais là des heures agréables, méditant dans la baignoire avec le sentiment de pertinence miraculeuse que procure la pensée qu’il n’est nul besoin d’exprimer.

Jean-Philippe Toussaint
La salle de bain

Jour J – 8

Sortilège d’ouverture : “Alohomora”
Permet d’ouvrir une serrure fermée à clef.

J.K. Rowling
Harry Potter à l’école des sorciers

Jour J – 9

Sur les trois marches de pierre du seuil, le soir, en été, nous venions nous asseoir un moment avant d’aller dormir. La pierre était encore tiède du soleil de la journée.
On ne disait presque rien, on se reposait. Les roses du jardin sentaient fort. Tout près de nous, sur les pierres, le ruisseau promenait son chuchotement mouillé…

A l’écuelle au chat
Marie Marcillat

Jour J – 10

Gris tourterelle.
Tendresse, sensibilité, réserve, pudeur, douceur de compassion.

Jour J – 11

Dans la chambre de la vieille femme se trouvaient de nombreux coffres. Certains étaient en bois sculpté, incrusté de pierreries, d’autres en métal scintillant. Dorothée choisit le coffre le plus simple, espérant qu’il contenait des draps de lin et des serviettes.
La vieille femme sourit et dit :
- Tu as bien choisi. Mes animaux vont t’aider à transporter ce coffre jusque chez toi.
Elle attela les deux chiens et les deux chats, plaça le coffre sur une petite charrette, et Dorothée s’assit au sommet.

Ann Rocard
Contes d’Europe, ed. Lito, 1999

Jour J – 12

Voici des berceaux et des tonnelles, des coupes, une rose, une flûte, une lyre, et sous les roseaux ombreux une fraîche pergola.

Virgile – La fille d’auberge
Ier siècle
av. J.-C.

Jour J – 13

Chant 23 : “Et quand il eut tout dit, le doux sommeil enveloppa ses membres et apaisa les inquiétudes de son âme”.

L’Odyssée d’Homère  – VIII° s. avant J.C.
(traduction de Leconte de Lisle, 1818-1894)

Jour J – 14

Archimède fut le premier à démontrer que, lorsqu’on plonge un corps dans une baignoire, le téléphone sonne.

Vivons heureux en attendant la mort
Citations de Pierre Desproges

Jour J – 15

Sur les cartes postales ou images pieuses qu’elle recevait, Sœur Marie M. collait un morceau de papier pour y noter une recette de sa plume appliquée. Près d’un millier de cartes rangées au fil des ans dans une boîte à chaussures ont été retrouvées dans le buffet de sa cuisine.

Le cahier retrouvé de Soeur Marie M.
Nicolas Fichot

Jour J – 16

Je pouvais être alors en pleine communion autant avec l’oiseau chantant sur la branche, qu’avec la chaise en bois et un peu poussiéreuse reposant depuis une éternité dans un grenier de grands-parents, entre quelques malles et tentures.
Les craquements des boiseries étaient signes d’un monde qui se tenait sous les choses, exactement comme les monstres qui se cachaient sous mon lit les nuits d’inquiétude.

Marc Gehenne
Petits souvenirs de sainteté

Jour J – 17

Dans le ruisseau il y a une chanson qui coule
Le jour s’est déplié comme une nappe blanche
Le monde rentre dans un sac.

Pierre Reverdy


Jour J – 18

La patience est une fleur qui ne pousse pas dans tous les jardins.

John Heywood

Jour J – 19

Qui ne pétrit, bon pain ne mange.

Jean-Antoine de Baïf – 1532/1589
Mimes, enseignements et proverbes

Qui ne pétrit, bon pain ne mange.
[Jean Antoine de Baïf] [+]
Extrait de Mimes, enseignements et proverbes

Jour J – 20

Dans les souvenirs d’enfance de chaque bon cuisinier se trouve une grande cuisine, une cuisinière en marche, un gâteau qui cuit et une maman.

Barbara Costikyan

Jour J – 21

Il faut accrocher des étoiles au ciel de lit
Pour que l’amour garde un peu de poésie.

Il faut regarder les étoiles
Michel Delpech

Jour J – 22


L’estrade sur laquelle il se trouve et dont il semble sur le point de s’échapper a la forme d’un demi-cercle, elle est recouverte d’un velours, vert évêque encore, fixé par des clous d’or qui en font le tour. Une dizaine de livres ouverts, entrouverts ou fermés gisent à ses pieds dans un savant désordre. Sur un lutrin rapproché une partition de musique.
Il n’est plus temps de lire, l’homme a laissé sa mitre et sa crosse près de l’autel, il pense mains nues, en déséquilibre.

La vision de Saint Augustin
Vittore Carpaccio

Jour J – 23

Si l’on bâtissait la maison du bonheur, la plus grande pièce serait la salle d’attente.

Jules Renard

Jour J – 24

L’humilité est l’autel sur lequel Dieu veut qu’on lui fasse des sacrifices.

La Rochefoucauld

Jour J – 25

On ne met pas son passé dans sa poche ; il faut avoir une maison pour l’y ranger.

Jean-Paul Sartre

Jour J – 26

Quelle étrange chose que la propriété dont les hommes sont si envieux ! Quand je n’avais rien à moi, j’avais les forêts et les prairies, la mer et le ciel ; depuis que j’ai acheté cette maison et ce jardin, je n’ai plus que cette maison et ce jardin.

Alphonse Karr

Jour J – 27

Le goût du café au lait matinal nous apporte cette vague espérance d’un beau temps qui jadis, si souvent, pendant que nous le buvions dans un bol de porcelaine blanche, crémeuse et plissée qui semblait du lait durci, quand la journée était encore intacte et pleine, se mit à nous sourire dans la claire incertitude du petit jour. Une heure n’est pas une heure, c’est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats. Ce que nous appelons la réalité est un certain rapport entre ces sensations et ces souvenirs qui nous entourent simultanément.

Marcel Proust
A la recherche du temps perdu

Jour J – 28

Le buis a pour moi une connotation affective particulière. Il me rappelle la maison de mon grand-père maternel en Beaujolais. Il y avait un odorant buis-boule en bas de l’escalier extérieur et le retrouver me faisait très exactement l’impression de la madeleine de Proust.
Au point que ma première plantation devant ma vieille maison de campagne aura été un buis filial qui prospère , prospère… comme s’il se voyait très aimé ! Lui ébouriffer les feuilles et coller mon nez contre sa chevelure si douce est l’un de mes plaisirs sensuels préférés.

Mth.P / Pêle-mêle

Jour J – 29

Le laurier est le symbole d’Apollon. Selon Ovide, Daphné nymphe de la mythologie grecque, qui fut le premier amour d’Apollon, le fuyait et allait être rattrapée après une longue poursuite par ce dernier, quand au dernier moment, son père, le dieu fleuve Pénée, la métamorphosa en laurier.
Dès lors, Apollon en fit son arbre et le consacra aux triomphes, aux chants et aux poèmes.
La pythie de Delphes mâchait des feuilles de laurier avant ses divinations.

Jour J – 30

On confie à un des religieux les plus sûrs le soin du cellier et de la cuisine, et il continue à remplir cette charge tant que ses forces et son âge le lui permettent. Sa tâche d’ailleurs n’est pas bien pénible, car les religieux le tourmentent peu pour préparer et cuire leurs aliments. Ils mangent surtout des légumes frais ou secs, et c’est un grand festin quand on leur sert, tous les mois, des feuilles de poireau hachées, des choux, des olives et des petits harengs salés.

Jean Cassien
Institutiones Cenobiticae,
Livre 4, ch.22

Jour J – 31

Dans son passionnant ouvrage “Histoires de peintures”, Daniel Arasse évoque notamment les cartes géographiques si souvent présentes dans les tableaux de Vermeer qui pour lui sont une façon de mettre en scène la nouvelle vision du monde qui émerge de l’histoire des découvertes et des progrès de la cartographie de l’époque.
Et Arasse de rappeler que “La Géographie, comme le disent les gens du XVIIème siècle, c’est l’Histoire mise devant les yeux”… Cette carte “magnifiquement reproduite mais illisible, parce que la lumière empêche de la voir” cherche à prouver qu’il n’est plus possible de voir le monde comme avant, et que le tableau représente une sorte de nuova descriptio, une nouvelle description du monde mais aussi une nouvelle façon de peindre le monde et donc de le représenter.

Jour J – 32

J’étais autrefois bien nerveux.
Me voici sur une nouvelle voie :
Je mets une pomme sur ma table.
Puis je me mets dans cette pomme.
Quelle tranquillité !

Henri Michaux : Plume
(Gallimard, 1963)

Jour J – 33

La saison des champignons ! On met ses souliers imperméables, un gros pull, on prend un panier en osier, un bon couteau et on part en famille les ramasser en forêt. On revient souvent bredouille, mais on a respiré les senteurs de la forêt, les feuilles mouillées, la mousse, on a les joues roses et de belles feuilles mortes que les enfants apporteront à leurs maîtresses pour faire un herbier.

Ségolène
Boire et manger, quelle histoire !

Jour J – 34

Le plan général de l’édifice, dédié à Saint Pierre, est classique. Croix latine avec absidioles. Elle comprend quatre travées couvertes d’un plafond cintré et séparées par des colonnes adossées à des pilastres. Ces colonnes ont été décapitées de leurs chapiteaux. Un de ceux-ci a été longtemps conservé (avec l’ancien baptistère) dans le jardin de la cure. Sur ces colonnes tronquées s’appuient les départs des nervures ogivales, seuls vestiges d’une voûte disparue.

Charles Connouë
Mornac

Jour J – 35

Un vaisselier chargé jusqu’à la gueule de terrines, de faïences, de bols, d’assiettes et de tasses ébréchées. Dans le creux d’une souillarde, un évier en pierre, sûrement très malcommode, où s’empilaient des tas de casseroles dans une bassine jaunie. Au plafond, des paniers, un garde-manger au tamis troué, une suspension en porcelaine …

Anna Gavalda
La Consolante – 2008

Jour J – 36

Au profond de la terre, dans la cave aux bouteilles, reposent les fruits de tant de soins : flacons jeunes, lisses, fioles millésimées, aînées chenues, habillées lentement d’une fourrure impalpable, grise et blanche comme le duvet qui frémit sur le cors des bombyx nocturnes. Le maître de céans décoiffe l’une de celles-ci : c’est l’instant de se taire, de lever vers la voûte un verre pansu, à l’issue resserrée ; l’œil d’abord, le nez ensuite, la bouche enfin…

Colette
Prisons et Paradis – 1932

Jour J – 37

“La maison, plus encore que le paysage, est un état d’âme”.

Gaston Bachelard

Jour J – 38

“Le grain pour l’homme, et la paille pour le sol”.

Carlos Crovetto

Jour J – 39

Que je n’aime pas ces maisons où l’on emporte la cendre à pelletées comme une incongruité de chat ! Cuite, recuite, rougie vingt fois, remuée à la pincette, vannée à la pelle, la cendre ne quittait l’âtre, dans le pays de mon enfance, que pour descendre à la cave sèche et servir de linceul aux fromages, les fromages plats et minces de l’Yonne et du Loiret, qui y passaient deux mois, trois, parfois six mois. Ils en sortaient comme d’une catastrophe pompéienne, quasi pétrifiés. Mais leur pulpe était devenue de cire transparente, jaune, d’une homogénéité singulière, et d’un goût ami du vin rouge, de la noix d’hiver et de la salade de pissenlit.

Colette
(1873-1954)

Jour J – 40

Le wabi-sabi (侘寂) est un concept, à la fois esthétique et spirituel, dérivé de principes bouddhistes zen

  • wabi : solitude, simplicité, mélancolie, nature
  • sabi : patine du temps, charme des choses vieillissantes.

Éthique apparue au XIIème siècle, le wabi-sabi prône simplicité et sobriété, dans le but d’influencer positivement l’existence, et de ressentir la beauté des choses imparfaites, usagées, modestes et éphémères.

Jour J – 41


Prends un panier
Un grand, en osier,
Va dans le jardin,
Cherche bien !!!

Et là tu trouveras…

D. Dumon

Jour J – 42

En 1753, le botaniste Linné dressa une nomenclature binaire qui regroupait pélargonium et géranium sous le même genre « géranium » issus de la même famille, les géraniacées. Mais il ne faut pas s’y tromper : les géraniums sont des plantes pour la plupart vivaces (c’est-à-dire qu’ils peuvent rester en terre ou du moins se replanter pour l’année d’après). Quant aux pélargoniums ce sont des plantes annuelles (tous les ans il faut des nouveaux plants, avec un peu de chance et un hiver plutôt clément, on arrive quelquefois à en récupérer mais ce n’est pas la majorité).
Pincez leurs tiges à mi-hauteur à la fin de mai pour les forcer à se ramifier. La première vague de floraison passée, enlevez les fleurs fanées et redonnez de l’engrais pour favoriser une remontée.

d’après “Mado”
pour Bloc.com

Jour J – 43

Le fourneau potager est un foyer proche de la cheminée où l’on faisait mijoter les potages sur des braises. Il sert aussi tout simplement à maintenir au chaud des plats avant de les servir à table.
Au 17e siècle, Richelet donne cette définition : “c’est une sorte de grand fourneau à plusieurs réchauds [...] qui sert à mitonner les potages et faire les ragoûts.

(Pierre Richelet – Dictionnaire françois – 1680)

Le type ancien ou rural du potager est constitué d’une épaisse pierre plate qui garde bien la chaleur des cendres disposées dessous dans un sous-bassement percé de deux ou trois arches en demi-cercles.

Jour J – 44

Pudding de pain rassis aux raisins.

Dans une grande jatte, émiettez du pain rassis et ajouter assez de lait pour le recouvrir presque.
Faites tremper 200 grammes au moins de raisins de corinthe dans du rhum, ou du thé.

Le lendemain, ajoutez au pain détrempé et quelque peu malaxé, trois œufs battus, et une bonne tasse de cassonade.
(La cassonade belge “Graeffe” n’a pas son pareil).
Mélangez le tout, sans oublier d’incorporer les raisins bien gonflés.

Verser cet appareil dans un moule beurré, et faites cuire à four moyen (180°) pendant environ une heure.
Vérifiez la cuisson en piquant le gâteau avec une lame de couteau, qui doit ressortir à peu près sèche.

Ayez la patience de le laisser refroidir avant de le déguster…

recette maternelle

Jour J – 45

Un beau matin, un homme assis devant son petit déjeuner quitta des yeux ses œufs brouillés pour voir qu’une licorne blanche avec une corne d’or au milieu du front paissait paisiblement les roses du jardin. L’homme se rendit dans la chambre à coucher où sa femme dormait encore et la réveilla. « Il y a une licorne dans le jardin, dit-il. Elle est en train de manger les roses. » Sa femme ouvrit un œil hostile et le regarda. « La licorne est un animal mythique », dit-elle, et elle lui tourna le dos. L’homme descendit lentement les marches qui conduisaient au jardin. La licorne était toujours là. A présent, elle broutait les tulipes. « Tiens, licorne », dit l’homme et il arracha un lys qu’il lui tendit. La licorne le mangea d’un air grave. Le cœur plein d’allégresse parce qu’il y avait une licorne dans son jardin, l’homme remonta au premier et tira à nouveau sa femme de son sommeil. « La licorne, dit-il, a mangé un lys. » …

La licorne au jardin
James Thurber

Jour J – 46

Quand la fille eut fini sa besogne, essuyé la table, nettoyé la cheminée et rangé les assiettes sur le haut dressoir au fond près de l’horloge en bois au tic-tac sonore, elle respira, un peu étourdie, oppressée sans savoir pourquoi.
Elle regarda les murs d’argile noircis, les poutres enfumées du plafond où pendaient des toiles d’araignée, des harengs saurs et des rangées d’oignons ; puis elle s’assit, gênée par les émanations anciennes que la chaleur de ce jour faisait sortir de la terre battue du sol où avaient séché tant de choses répandues depuis si longtemps. Il s’y mêlait aussi la saveur âcre du laitage qui crémait au frais dans la pièce à côté.

Maupassant  (1850 – 1893)
Histoire d’une fille de ferme

Jour J – 47

Nous apprenons à dessiner la lettre i.
Geste du doigt en l’air, puis tracé sur l’ardoise en décomposant :
1) – un trait oblique qui monte
2) – un trait vertical qui descend
3) – une canne à l’envers
4) – un point

On ne lève le crayon ou la craie que pour tracer le point.

Tous les tracés et les mauvaises tenues de crayon sont systéma-
tiquement surveillés, éventuellement corrigés sur le champ, afin qu’aucune mauvaise habitude ne soit prise par les apprentis. Cette période de début d’apprentissage est particulièrement délicate.

Journal de Classe
Cour préparatoire

Jour J – 48

En 1498, le jour de la Saint-Jacques (25 juillet), les comptes attestent de la visite de l’évêque au château du Birseck.
Le bailli nous a laissé la liste des denrées alimentaires qu’il achète pour donner l’hospitalité à son seigneur : il s’agit de saumon et d’autres poissons, de viande de boeuf et de veau, de deux moutons châtrés, de lard, d’oeufs, de beurre et de fromage, d’oignons, de radis ainsi que de sel. Les épices et le riz étaient les éléments distinctifs de la table du seigneur.
Tout était accompagné de pain blanc de froment. La table était mise avec des assiettes en bois et éclairée par des chandelles de suif de boeuf.

Le pain quotidien: alimentation et travail dans l’Évêché de Bâle aux XVe et XVIe siècles
Cercle d’études historiques de la Société jurassienne d’Emulation
Lettre d’information, Heft 34, Februar 2005, S. 3–8

Jour J – 49

Ce n’est qu’au début du XIXe siècle que le dictionnaire de l’Académie donne une définition qui se rapproche de celle de l’évier moderne : ÉVIER. s. m. Pierre en forme de table, et légèrement creusée, sur laquelle on lave la vaisselle, et qui a un trou pour l’écoulement des eaux. Dans la Brie, c’est une simple pierre peu profonde, qui sert à poser un seau de bois. On l’appelle le lavier. Le terme levier ou lavier se retrouve également au Canada.

Dans les maisons prospères de l’Angleterre victorienne et édouardienne, l’évier se trouve dans une pièce attenante à la cuisine, la scullery. C’est un évier en faïence blanche à une cuve. On distingue à cette époque l’évier de Belfast (avec un trop-plein) et l’évier de Londres (sans trop-plein).

Wikipédia – Evier

Jour J – 50


Soixante-quinze fromages, un fromage de brebis, deux fromages italiens, un fromage d’Auvergne, un boursin, deux brillat-savarin, onze bries, un cabécou, quatre chèvres, deux crottins, huit camemberts, quinze cantal, un fromage sicilien, un fromage sarde, un époisse, un murol, trois fromage-blancs, un fromage-blanc de chèvre, neuf fontainebleau, cinq mozarella, cinq munsters, un reblochon, une raclette, un stilton, un Saint-Marcellin, un Saint-Nectaire, un yaourt.


Georges PEREC (1936 – 1982)
“Penser/classer” 1985

Jour J – 51

Fermée, la fenêtre marque une séparation radicale entre deux espaces antithétiques, organisés autour des pôles silence/bruit, solitude/foule, intériorité/extériorité, immobilisme/agitation, chaleur/froid…

Que la fenêtre soit ouverte ou entrouverte, l’espace privé perd de son étanchéité, laissant échapper des informations censées rester secrètes. Ce qui appartient à l’intimité investit alors l’espace public jusqu’à se répandre sous les formes du commérage ou de la rumeur.
Réciproquement, ce qui relève du domaine public peut interférer avec le privé, le marquer de son empreinte. La fenêtre témoigne ainsi de la réversibilité des espaces.

Jour J – 52

Je me souviens que ma grand-mère allait et venait dans le couloir les mains derrière le dos en sifflotant.

Je me souviens qu’elle entretenait de grandes conversations seule devant l’évier de la cuisine.

Je me souviens qu’elle répondait presque toujours par des dictons aux questions qu’on lui posait.

Je me souviens qu’elle oubliait tout, ses enfants, ses petits-enfants.

Je me souviens qu’elle ne se souvenait pas.

La poésie de l’inventaire
Le carnet de Fritz – iGtb

Jour J – 53

Préparation, la veille :
Faire fondre 200g de beurre dans une casserole pendant une minute. Le beurre doit prendre une couleur noisette.
Battre au fouet 3 œufs avec le sel (une pincée) , le sucre (200g), le lait (6cl) et le miel (3 cuillères à soupe).
Le mélange doit blanchir et devenir mousseux.
Ajouter la farine (200g) et la levure (un sachet), puis le beurre fondu (200g) et quelques zestes d’orange.
Mettre la pâte à reposer une nuit au réfrigérateur.
Cuisson  :
Remplir les moules à Madeleine aux 2/3.
Cuire 10 minutes environ à four moyen (↔180°)

Recette des Madeleines de Proust

Jour J – 54


Insensiblement les yeux de Malivert, comme sollicités par un avertissement intérieur, se dirigèrent vers un miroir de Venise, suspendu à la tapisserie en cuir de Cordoue.

C’était un de ces miroirs du siècle dernier, comme on en voit souvent dans les départs de Longhi, le Watteau de la décadence vénitienne, et comme on en rencontre encore quelques-uns, chez les marchands de bric-à-brac du ghetto. La glace à biseau était encadrée d’ornements de cristal taillé, et surmontée d’un fouillis de rinceaux et de fleurs de la même matière qui, sur la teinte unie du fond, tantôt prenait l’apparence de l’argent mat, tantôt lançaient par leurs facettes des éclairs prismatiques.

Au milieu de ce scintillement, la glace de petite dimension, comme tous les miroirs de Venise paraissait d’un noir bleuâtre infiniment profond, et ressemblait à une ouverture pratiquée sur un vide rempli d’idéales ténèbres.

Chose bizarre, aucun des objets opposés ne s’y refléchissait : on eût dit une de ces glaces de théâtre que le décorateur couvre de teintes vagues et neutres pour empêcher la salle de s’y refléter.

Théophile Gautier
Spirite

Jour J – 55

Dans l’alcôve sombre, près d’un humble autel
L’enfant dort à l’ombre du lit maternel.
Tandis qu’il repose, sa paupière rose,
Pour la terre close, s’ouvre pour le ciel.

Songe qui l’enchante ! Il voit des ruisseaux ;
Une voix qui chante sort du fond des eaux.
Ses sœurs sont plus belles, son père est près d’elles ;
Sa mère a des ailes comme les oiseaux.

Il dort, innocence ! Les anges sereins,
Qui savent d’avance le sort des humains,
Le voyant sans armes, sans peur, sans alarmes,
Baisent avec des larmes ses petits mains.

Cependant sa mère, prompte à le bercer,
Croit qu’une chimère le vient oppresser.
Fière, elle l’admire, l’entend qui soupire,
Et le fait sourire avec un baiser.

Victor Hugo - Les Feuilles d’Automne -
“Dans l’alcove sombre” – Novembre 1831

Jour J – 56

Dans ce jardin antique où les grandes allées
Passent sous les tilleuls si chastes, si voilées
Que toute fleur qui s’ouvre y semble un encensoir,
Où, marquant tous ses pas de l’aube jusqu’au soir,
L’heure met tour à tour dans les vases de marbre
Les rayons du soleil et les ombres de l’arbre,
Anges, vous le savez, oh! comme avec amour,
Rêveur, je regardais dans la clarté du jour
Jouer l’oiseau qui vole et la branche qui plie,
Et de quels doux pensers mon âme était remplie,
Tandis que l’humble enfant dont je baise le front,
Avec son pas joyeux pressant mon pas moins prompt,
Marchait en m’entraînant vers la grotte où le lierre
Met une barbe verte au vieux fleuve de pierre !

Victor Hugo – Les Voix Intérieures -
“Dans ce jardin antique” – Février 1837

Jour J – 57

Manger est un acte de paix
de mesure
d’humilité au monde

Du bol à la bouche
le geste est simple

l’homme qui possède un bol
est en chemin d’une sagesse

Celui qui l’a cassé aussi

Werner LAMBERSY – L’arche et la cloche -  1998

Jour J – 58

C’est l’abbé qui fait l’église
C’est le roi qui fait la tour
Qui fait l’hiver ? C’est la bise
Qui fait le nid ? C’est l’amour

Victor Hugo – Les Chansons des rues et des bois -
“Le Nid”

Jour J – 59


Aujourd’hui, je pourrais presque me contenter du saucisson artisanal enserré dans son filet qui pend toujours dans un coin de ma tête.
Ce délice est aussi un objet sacré, un fétiche dont l’histoire remonte à près de quarante ans.
J’avais encore l’âge des bonbons mais je leur préférais déjà la charcuterie, et l’infirmière de mon grand-père maternel avait remarqué qu’à chacune de mes visites dans le sinistre appartement du boulevard Raspail je lui réclamais du saucisson avec un charmant zézaiement.
Habile à flatter la gourmandise des enfants et des vieillards, cette industrieuse gouvernante a fini par faire coup double en m’offrant un saucisson et en épousant mon grand-père juste avant sa mort.
La joie de recevoir un tel cadeau fut proportionnelle à l’agacement que ce mariage-surprise causa dans la famille. Du grand-père je n’ai gardé qu’une image assez floue, une silhouette allongée dans la pénombre avec le visage sévère du Victor Hugo des billets de cinq cents anciens francs en usage à cette époque.

Du Scaphandre et du papillon
de Jean Dominique Bauby

Jour J – 60

L’âme a des étapes profondes.
On se laisse d’abord charmer,
Puis convaincre. Ce sont deux mondes.
Comprendre est au-delà d’aimer.

Victor Hugo – Les Chansons des rues et des bois
“De la femme au ciel

Jour J – 61

Être riche n’est pas l’affaire
Toute l’affaire est de charmer
Du palais le grenier diffère
En ce qu’on y sait mieux aimer

Moins de gros sous, c’est moins de rides
L’or de moins, c’est le doute ôté
Jamais l’amour, ô cieux splendides
Ne s’éraille à la pauvreté

À quoi bon vos trésors mensonges
Et toutes vos piastres en tas
Puisque le plafond bleu des songes
S’ajuste à tous les galetas

Victor Hugo – Les Chansons des rues et des bois
“Paupertas”

Jour J – 62

La scène se passe dans une cuisine rustique, éclairée dans le fond, au centre, par une haute fenêtre ouverte sur un large pan de ciel clair et sur des frondaisons.
Assise devant la croisée, une jeune fille, les pieds posés sur une petite chaise, a soudain relevé la tête de son ouvrage, comme à l’arrivée de quelqu’un. Une femme sur une chaise, vue de dos, une pièce d’étoffe rouge à la main, se retourne vers le spectateur.

Martin DRÖLLING – 1752 -
L’intérieur d’une cuisine 1815

Jour J – 63

Monte, écureuil, monte au grand chêne
Sur la branche des cieux prochaine
Qui plie et tremble comme un jonc

Et toi qu’en ta couche inquiète
Jamais l’aube ne vit muette
Monte, monte, vive alouette
Vive alouette, monte au ciel

Et maintenant, du haut de l’arbre
Des flèches de la tour de marbre
Du grand mont, du ciel enflammé
A l’horizon, parmi la brume

Voyez-vous flotter une plume
Et courir un cheval qui fume
Et revenir mon bien-aimé ?

Victor Hugo – Les Orientales
“Attente”  – Juin 1828

Jour J – 64

Dans la cuisine servant d’école une batterie de cuisine consistant en une crémaillère, une palette, une pincette, une poêle à frire, un soufflet, un réchaud, un petit fourneau, une grande table avec ses tréteaux, huit bancs, un fauteuil, un marchepied. Dans le corridor qui conduit de la cuisine à la chambre un demi muids, un quard, un vieil quard à charbon, une lèchefrite de fer blanc, un bassin de cuivre, un sceau de bois avec ses ferrements, six pots et deux terrines, huit planquets, un autre baquet, un plus grand, deux autres futailles, contenant ensemble environ trois muids. dans la chambre une petite bibliothèque dans laquelle étaient six ouvrages de piété, un lit garni composé d’un bois de lit de chêne, une paillasse, deux matelas, un lit de plume, une couverture de laine blanche, une courtepointe mauvaise, un traversin, un petit oreiller, un ciel de lit avec ses verges de fer, pentes et rideaux de siamoises, un réveil et sa boîte de table, une table à pétrir, quatre chaises et deux fauteuils.

Inventaire de l’école de filles d’Hénouville
18 Septembre 1790

Jour J – 65

L’aurore s’allume
L’ombre épaisse fuit
Le rêve et la brume
Vont où va la nuit
Paupières et roses
S’ouvrent demi-closes
Du réveil des choses
On entend le bruit

Victor Hugo – Les Chants du crépuscule
“L’aurore s’allume”
– Décembre 1834

Jour J – 66

S’il est un charmant gazon
Que le ciel arrose,
Où brille en toute saison
Quelque fleur éclose,
Où l’on cueille à pleine main
Lys, chèvrefeuille et jasmin,
J’en veux faire le chemin
Où ton pied se pose !

Victor Hugo – Les Chants du crépuscule
“Nouvelle chanson sur un vieil air”

Février 1834

Jour J – 67

Va donc. La fête est commencée
L’oiseau mange en herbe le blé
L’abeille est ivre de rosée
Mai rit, dans les fleurs attablé

Sans être effronté, sois agile
Entre gaiement dans le vallon
Presse un peu le pas de Virgile
Retiens par la manche Villon

Victor Hugo – Les Chansons des rues et des bois
“Mon vers, s’il faut te le redire”


Jour J – 68

Dans les maisons de nos grands-mères, il y avait une lessiveuse et un seau à charbon, une huche à pain et une balance avec deux plateaux en cuivre, un moulin à café, une boite à sel à côté de l’énorme cuisinière en fonte, un pot à lait, des moules à gâteaux, une roulette en buis pour couper joliment la pâte, des marmousets dans la cheminée, une bouillotte dans le lit, un vaporisateur à parfum sur la table de toilette, de drôles de ciseaux pour la broderie, un fer à repasser les cols, des lampes à pétrole…

Hubert Duez
Dans les maisons de nos grand-mères

Editions du Chêne

Jour J – 69

Une petite cuisine, à gauche. D’une merveilleuse propreté : toute peinte, ripolinée, le fourneau à gaz en émail, des placards rangés, sur chaque porte et sur chaque tiroir, une étiquette.

Henri Bosco
Un rameau de la nuit (1950)

Jour J – 70

Le père Barbeau de la Cosse n’était pas mal dans ses affaires, à preuve qu’il était du conseil municipal de sa commune. Il avait deux champs qui lui donnaient la nourriture de sa famille et du profit par-dessus le marché. Il cueillait dans ses prés du foin à pleins charrois, et, sauf celui qui était au bord du ruisseau, et qui était un peu ennuyé par le jonc, c’était du fourrage connu dans l’endroit pour être de première qualité.
La maison du père Barbeau était bien bâtie, couverte en tuile, établie en bon air sur la côte, avec un jardin de bon rapport et une vigne de six journaux. Enfin il avait, derrière sa grange, un beau verger, que nous appelons chez nous une ouche, où le fruit abondait tant en prunes qu’en guignes, en poires et en cormes. Mêmement les noyers de ses bordures étaient les plus vieux et les plus gros de deux lieues aux entours.
Le père Barbeau était un homme de bon courage, pas méchant, et très porté pour sa famille, sans être injuste à ses voisins et paroissiens.
Il avait déjà trois enfants, quand la mère Barbeau, voyant sans doute qu’elle avait assez de bien pour cinq, et qu’il fallait se dépêcher, parce que l’âge lui venait, s’avisa de lui en donner deux à la fois, deux beaux garçons.

“La Petite Fadette” (1849) - Page 1
George Sand (1804-1876)

Jour J – 71

Dans le vin que je bois,
Ce que j’aime le mieux,
C’est la dernière goutte.
L’enivrante saveur
Du breuvage joyeux
Souvent s’y cache toute !

Victor Hugo – Les Chants du crépuscule
“Dans l’église de …”

Jour J – 72

L’aube naît, et ta porte est close !
Ma belle, pourquoi sommeiller ?
A l’heure où s’éveille la rose
Ne vas-tu pas te réveiller ?

Victor Hugo – Les Chants du Crépuscule
“Autre chanson”

Jour J – 73


Et je me demandais pourquoi l’on est ici,
Quel peut être après tout le but de tout ceci,
Que fait l’âme, lequel vaut mieux d’être ou de vivre,
Et pourquoi le Seigneur, qui seul lit à son livre,
Mêle éternellement dans un fatal hymen
Le chant de la nature au cri du genre humain ?

Victor Hugo – Les Feuilles d’Automne
“Ce qu’on entend sur la montagne”
Juillet 1829

Jour J – 74

Cloîtres silencieux, voûtes des monastères
C’est vous, sombres caveaux, vous qui savez aimer
Ce sont vos froides nefs, vos pavés et vos pierres
Ces murs silencieux, ces autels désolés

Alfred de Musset
“Dors-tu content Voltaire” – Rolla IV

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